VagabondagesSur nos frontières


A la vue des images venues de Kiev et des récits des copains qui se sont rendus sur place, le même frisson, la même émotion et la même consternation que celles rencontrées il y a quelques mois ou quelques années sur les rives sud et est de la méditerranée. 

Le même frisson devant ces foules, souvent jeunes et étudiantes, qui défient des pouvoirs autoritaires et corrompus au nom de l’idéal de démocratie et de liberté et tournent leur regard vers l’Union Européenne comme lieu d’espoir et modèle de construction pacifique.

La même émotion devant les stratégies de répression qui les visent. Les matraques et les balles qui les frappent, les morts et les blessés qui s’accumulent. Les visages de colère et les larmes de désespoir.

La même consternation devant la prudence et l’inaction de l’Union Européenne. Incapable non seulement de parler d’une seule voix, de faire entendre son point de vue, mais aussi, surtout même, de proposer une perspective  politique commune à  ces peuples qui nous sont pourtant si proches et qui croient en nous.

Mais au-delà de ces frissons, de cette émotion, de cette consternation il y a la conviction profonde que l’Union Européenne fait une erreur stratégique grave pour son propre avenir. Il s’agit là de nos frontières orientale et australe. L’ouest et le nord étant occupés par l’eau et la neige c’est pourtant bien là que se trouvent nos perspectives, nos voisins, nos partenaires. En les abandonnant l’UE prend un risque à la fois externe et interne.

Externe car en laissant se mettre en place ou se perpétuer des régimes à l’opposé de nos valeurs et de nos pratiques, nous prenons avec eux le risque de la confrontation à terme et nous laissons aux autres puissances mondiales, notamment les moins démocratiques comme la Russie ou la Chine, toutes les marges de manœuvre pour imposer un glacis à nos frontières. L’Europe signifie ainsi sa disparition de la scène internationale et adresse un message de faiblesse dangereuse aux autres puissances continentales et à leurs impérialismes.

Interne aussi car en ignorant les révoltés de la démocratie nous les poussons à se tourner vers des formes de radicalisation nationaliste, religieuse et identitaire dont nous paierons chèrement le prix dans les mois et les années à venir en terme de terrorisme, d’isolement mais aussi par contagion, par l’explosion de ces formes de repli à l’intérieur même de l’Union.

Une nouvelle fois il nous faut dépasser nos frontières, savoir regarder plus loin, envisager l’avenir par la coopération, la solidarité et le soutien à tous les démocrates en lutte.

Une nouvelle fois il nous faut changer d’orientation européenne. Il est temps, il est l’heure de changer d’Europe pour changer le monde. C’est aussi ce que nous attendons de la gauche européenne. Les déclarations de Martin Schulz nous rassurent, l’attitude des gouvernements de Gauche en Europe moins…