Vagabondages#pointretraite


Le Président de la République et le Gouvernement l’ont annoncé, l’automne prochain sera consacré à une nouvelle réforme des retraites. Déficit oblige.

Depuis le livre blanc du gouvernement Rocard à l’aube des années 90 nous avons déjà mené ce débat à de nombreuses reprises et tous les arguments ont été échangés. Alors que le Président annonce l’ouverture de discussions avec les partenaires sociaux, retour sur quelques principes d’une réforme de gauche.

La solidarité

Deux modèles de retraite existent, celui que nous connaissons, dit « par répartition » et celui de la capitalisation. La répartition c’est l’application du principe de solidarité nationale. L’ensemble des revenus participent au financement des retraites, par l’intermédiaire de cotisations et de prélèvements obligatoires. A l’inverse, dans la capitalisation c’est chacun qui épargne pour lui-même, c’est donc un modèle individualiste, voire égoïste : « je ne m’occupe que de moi, que l’autre se débrouille ». La retraite par répartition doit donc être préservée.

 Le temps libéré

« On vit plus longtemps, on doit donc travailler plus longtemps ». L’argument semble imparable, il n’est pourtant qu’en partie vrai.

D’abord parce que le travail lui-même a changé au cours des décennies. Mécanisation, informatisation, formation… ont conduit à ce que l’on soit aujourd’hui beaucoup plus productif qu’hier. Pour le même temps de travail ce sont beaucoup plus de richesses qui sont produites. Il y a donc plus à répartir.

Ensuite parce que le gain de « temps libre » a permis de profondes évolutions de la société qui participent du bien-être individuel comme collectif. Temps sociaux, temps culturels, temps de formation, temps de repos, ces nouveaux temps gagnés sur le travail font société et permettent un meilleur épanouissement. La bataille pour le développement de ces nouveaux temps doit donc être prolongée.

Enfin la succession des temps au long de la vie (on se forme, on travaille, on se repose) est de moins en moins vraie. Les allers-retours entre formation, travail et repos se font multiples dans nos vies. L’aspiration de la gauche à la « formation tout au long de la vie » en est le meilleur exemple. Il faut donc permettre à chacun de pouvoir répartir son temps de travail comme il y aspire : certains pourraient choisir de travailler plus vieux en échange d’une charge de travail plus faible chaque année. C’est le sens de la proposition récente de Michel Rocard d’échanger une retraite à 65 ans contre la semaine de quatre jours.

L’équité

Le travail n’est pas le même pour tous. Il fatigue différemment physiquement et psychologiquement selon le type de travail exercé. Cette différence de « pénibilité » doit donc être prise en compte dans le calcul du temps de travail nécessaire pour pouvoir partir avec sa retraite complète.

Cependant nous sommes de plus en plus nombreux à changer d’activité professionnelle au cours de notre vie. L’idéal serait donc un système de retraite par points, chaque trimestre de travail ouvrant droit à un certain nombre de « points » dont le volume serait déterminé par la pénibilité de la tâche effectuée. C’est ce système de points qui permettra aussi à ceux qui ont commencé à travailler tôt de partir tôt. C’est aussi lui qui doit permettre une harmonisation entre les différents régimes de retraite. Ce qui comptera ce n’est plus l’entreprise dans laquelle/lesquelles on aura travaillé (publiques, privées, grandes ou petites) mais bien les tâches effectuées et leur pénibilité.

La définition de ces points est un travail qui doit être en discussion étroite avec les partenaires sociaux. Les pays nordiques qui ont adopté ce système ont mis 10 ans à en négocier les termes exacts. Il est temps de nous y lancer à notre tour, à notre rythme.

Les plus faibles protégés

La question la plus cruciale est celle des « petites retraites ». Trop nombreux sont les retraités qui, à l’issue d’une vie de labeur, n’arrivent pas à joindre les deux bouts et sombrent dans la pauvreté. Puisque que certains parlent de ne plus augmenter les retraites aussi vite que l’inflation (la fameuse indexation), il est impératif que cela s’accompagne d’une revalorisation des petites retraites et du minimum vieillesse. C’est la condition sine qua non de la solidarité.

L’effort partagé

On le sait, la répartition des revenus entre capital et travail a profondément évolué ces dernières décennies. Si l’effort doit être fait pour rééquilibrer les sources de revenus et revaloriser ceux du travail, il convient aussi d’appliquer les mêmes prélèvements pour financer la protection sociale comme les retraites. Sinon les distorsions entre retraite par répartition et retraite par capitalisation (donc individuelle et possiblement ouverte aux revenus du capital) deviendront insupportables.