J’ai décidé de soutenir la campagne présidentielle d’Emmanuel Macron


J’ai décidé de soutenir la campagne présidentielle d’Emmanuel Macron. C’est le fruit d’une réflexion personnelle engagée depuis plusieurs mois et qui a abouti au début de la semaine précédant le premier tour de la Primaire Citoyenne organisée, notamment, par le Parti Socialiste. C’est une décision qui n’était pas évidente à prendre après plus de 25 ans à militer au PS, mais que j’assume pleinement. Elle n’a rien à voir avec les résultats de la primaire et aurait été la même quel que soit le résultat, mais j’y reviendrai. C’est d’abord parce que je me sens en phase avec la démarche politique qu’il a entamée et l’orientation qu’il lui donne. On glose beaucoup sur sa supposée « absence de programme », qui pourtant se précise de jour en jour à encore 3 mois de l’échéance. Mais, et c’est ce que j’attends d’un candidat à Présidence de la République, personne ne peut lui enlever la force de son orientation politique.

Elle part d’un constat, une société vitrifiée où les inégalités se reproduisent, de l’école au lieu de vie, où les corporatismes, les rentes, les castes, les reproductions sociales bloquent toute fluidité du système. Elle y applique une volonté fondamentalement progressiste : réduire les inégalités, combattre les déterminismes sociaux, donner à chacun les moyens de l’émancipation. Et une méthode : donner plus à ceux qui ont moins en capital financier, social, culturel ; garantir les accès égaux ; casser les rentes de situation ; donner les moyens à ceux qui veulent prendre des initiatives de le faire : investir dans l’innovation. De la réforme scolaire incluant l’autonomie des équipes, au renforcement du dialogue social au sein même des entreprises, c’est aussi une vision de la confiance qui doit être accordée au travail en commun « à la base » et à l’élaboration de projets collectifs. L’autre constat c’est celui d’un monde bouleversé par le retour de modèles politiques autoritaires, nationalistes, religieux et souvent agressifs. Dans ce cadre l’urgence politique européenne n’est que plus forte. Je suis convaincu que l’avenir pour la France c’est l’Union Européenne ou la vassalisation. Or, le risque de désagrégation est grand cette fois. Et si nous voulons le surmonter pour réussir l’Europe politique on ne pourra pas le faire seul. Il faudra discuter, convaincre et faire, de part et d’autre, des concessions. C’est la seule façon pour cet ensemble politique inédit dans l’histoire d’avancer. On peut continuer à rêver que l’Europe soit une grande France, mais soyons bien convaincus que nous sommes les seuls à en rêver. Je me reconnais dans la démarche résolument européenne d’Emmanuel Macron. Enfin je me reconnais dans les valeurs qu’il porte, sur l’accueil des réfugiés, le refus de la fermeture des frontières et d’une vision autoritaire de la société. « Parmi les illusions les plus dangereuses du temps présent, il y a celle de croire que nous pourrions éliminer le mal par les barrières, par les déchéances, par le fichage, par les camps, par l’oubli ou le mépris des Droits de l’Homme » (in Révolution). C’est une vision de la République qui respecte l’identité de chacun parce qu’elle refuse l’instrumentalisation identitaire. Cette orientation je l’ai partagée avec Michel Rocard et DSK ces dernières années, on peut aussi la faire remonter à Blum et Mendès. Elle est capable de rassembler largement.

La deuxième raison tient à sa capacité à bousculer et transformer la structuration politique des partis de gauche, à mon sens à bout de souffle. Je suis entré au PS une première fois à la fin des années 80, alors étudiant, avant de le quitter en 1991 en désaccord avec la 1ere guerre du Golfe et d’y revenir très vite lors des États Généraux organisés par Michel Rocard après la défaite électorale de 1993. Je ne l’ai pas quitté depuis, y militant et y exerçant des fonctions locales, départementales et nationales. Aujourd’hui ce sont mes amis les plus proches qui le dirigent. Et n’arrivent pas plus que leurs prédécesseurs à le rénover et à l’ouvrir sur la société. C’est un fait, le PS s’est progressivement refermé, comme les autres partis de gauche d’ailleurs. Il est aujourd’hui largement calcifié, il est devenu lui-même un instrument de la reproduction sociale. Comme cadre de ce parti j’en prends ma très grande part de responsabilité. On aurait pu croire, j’en fus, que la parité puis la suppression du cumul des mandats permettraient une diversification, une ouverture, une plus grande porosité avec la société, il n’en est rien. Les mêmes parcours formatés par les grandes écoles de gestion administrative ou l’appareil du Parti et son cursus balisé des organisations de jeunesse aux mandats électoraux. Je suis le fruit de la deuxième branche, j’en connais la fraternité mais aussi l’aristocratie militante qu’elle forme. Toutes les tentatives de réformes, de rénovation des partis de gauche se sont échouées sur la verticalité des appareils, dans un moment où la révolution des réseaux sociaux fait resurgir l’horizontalité politique. Et rien dans la Primaire Citoyenne ne me laisse penser que cela puisse changer. Europe-Écologie, la campagne de Ségolène Royal, ou même celle de Bayrou en 2007, les Insoumis de Mélenchon, les Marcheurs de Macron, toutes ces démarches ont en commun la compréhension d’une inadaptation des structurations politiques traditionnelles. Pourtant ces dernières sont solides, toujours là, de plus en plus vides, n’évoluant plus, se reproduisant… Et laissant la tentation nationale-autoritaire prospérer. Il faut un grand vent extérieur pour forcer la transformation. Dans cette présidentielle, sur le champ social-démocrate, ou progressiste comme on voudra l’appeler, je pense que seul Emmanuel Macron est à la fois capable et volontaire pour le faire souffler.

C’est la troisième raison de ma décision. Je suis convaincu que la proposition progressiste, européenne, humaniste qu’incarne Emmanuel Macron peut remporter l’élection présidentielle et qu’elle est la seule dans ce champ politique à pouvoir le faire. C’est aussi sans doute une occasion historique de détacher le « centre » de la droite pour résister ensemble au national-populisme et à l’autoritarisme réac ; et, enfin, reprendre l’offensive. Je sais que ma démarche est sans doute moins confortable que celle consistant à penser que le balancier finit toujours par revenir, comme semblait le penser François Hollande ; ou qu’il faut prendre le temps de « refonder la gauche » pour être bien sûr de soi. Mais pour plus confortables qu’elles soient, je suis convaincu par l’expérience qu’elles ne mènent qu’à la reproduction et à l’échec. Or, nous avons besoin de gagner face à la droite et à l’extrême-droite.

Voilà, dans le flot de questions que l’on se pose au moment où l’on interroge son engagement politique, les trois raisons principales qui ont motivé ma décision à la mi-janvier. Et m’ont motivé à m’engager pleinement pour la victoire d’Emmanuel Macron à la présidentielle.

Dès ma décision prise j’en ai informé Anne Hidalgo, dont je suis un des adjoints à la Mairie de Paris, et Jean-Christophe Cambadélis comme Premier Secrétaire du PS.

Depuis que je me suis engagé en 2013 auprès d’Anne Hidalgo dans les débuts de sa campagne pour Paris j’ai trouvé chez elle beaucoup de ce qui aujourd’hui m’amène à soutenir Emmanuel Macron. Sur l’Europe, sur l’innovation, sur la constitution d’une majorité large, plurielle, vivante. Sur sa manière de se projeter dans le futur pour imaginer et mettre en place les politiques d’aujourd’hui. Et aussi sur sa volonté de transformer la manière de faire de la politique, de la campagne Oser Paris à la mise en place du plus important budget participatif au monde. Pourtant, il y a aussi des divergences entre eux, et je ne surprendrai personne en disant qu’elle ne partage pas du tout mon choix ! Je persiste à penser que l’avenir sera dans l’addition de leurs forces. Comme d’ailleurs de l’ensemble des forces progressistes. Je la remercie de la qualité de la discussion politique qu’elle m’accorde, j’ai rarement été aussi heureux en politique que dans le travail que j’effectue dans son équipe. Je sais que, au-delà de la campagne présidentielle, je continuerai à ses cotés à Paris, et pas seulement.

J’ai informé Jean-Christophe Cambadélis comme 1er secrétaire d’abord, mais aussi comme l’homme auprès duquel j’ai milité pendant 20 ans et eu des discussions politiques éclairantes. Si notre discussion nous appartient, il me revient de dire que nous avons convenu ensemble deux choses : d’abord que je démissionnais immédiatement (le 20 janvier) de toutes mes fonctions au sein du PS (en particulier du Bureau National des Adhésions et de sa présidence), ensuite que je ne rendrai publique cette décision qu’à l’issue de la primaire pour ne pas la « polluer ». La politique et les médias sont un petit milieu et le secret n’y dure guère, je m’y suis cependant tenu pour ma part.

Je n’ai pas démissionné du PS, je me sens toujours socialiste, même si, conscient d’être en contradiction avec les décisions du PS, je ne peux plus y exercer de responsabilité. Il reviendra aux instances du PS de décider, quand elles le jugeront utile, de mon statut d’adhérent et de celui des socialistes qui ont ou auront fait le même choix que moi.

Deux dernières choses pour finir et ne pas laisser de doute. Au Parti Socialiste ce sont les permanents qui gèrent le fichier et en ont les accès, comme Président du Bureau National des Adhésions je n’y avais pas accès. Je ne peux donc transmettre les fichiers à quiconque. Cela serait d’ailleurs à la fois éthiquement scandaleux et légalement condamnable. Et je suis attaché à l’un comme à l’autre. Enfin je n’ai pas été candidat aux législatives dans le cadre du PS, je ne le serai pas plus dans un autre cadre politique. Le combat pour le mandat unique fait partie de mes convictions, je me l’applique depuis toujours et je suis très heureux de mon mandat actuel dans l’équipe d’Anne Hidalgo au service des Parisiennes et des Parisiens.

Merci à ceux qui m’ont lu jusqu’au bout.

En Marche !