VagabondagesCigarette : de la santé à la morale


Cigarette : de la santé à la morale

D’abord vue comme un gadget, puis comme un phénomène de société, l’apparition de la cigarette électronique va-t-elle provoquer un changement de paradigme de l’Etat vis-à-vis de la cigarette ?

C’est ce que l’on peut craindre à l’annonce d’une prochaine législation d’interdiction de son usage dans les lieux publics.

Revenons un peu en arrière. Ces dernières années c’est au nom de la santé de « l’autre » qui l’on a banni la cigarette des lieux publics (plus ou moins) fermés. Avec nos cigarettes nous menacions nos voisins/amis/enfants de « tabagisme passif ». C’est au nom de cela que les fumeurs ont été bannis des cafés, bureaux, réunions et transports. Soit. Après quelques réticences nous avons bien dû convenir que l’air est devenu en effet plus respirable, l’atmosphère plus conviviale et que les non-fumeurs peuvent enfin se réunir avec les fumeurs sans crainte d’étouffer. Mais la frustration restait et, du coup, les trottoirs ont été envahis de fumeurs, de jour comme de nuit.

L’apparition de la cigarette électronique semblait pouvoir réconcilier tout le monde. Beaucoup moins nocive pour le fumeur, elle est inodore et bénigne pour l’entourage, nous disent les premiers rapports scientifiques commandés (à raison) par le Ministère de la Santé. On aurait donc pu en rester là, avec une ou deux taxes pour remplir les caisses de l’Etat, qui en a bien besoin.

Que nenni ! C’est avec surprise que nous découvrons les projets de l’Etat dans ce domaine : interdiction de l’e-cigarette dans les lieux publics. Aurait-on trouvé un problème de santé ? Une composition inattendue de la fumée produite ? Non. Ce que l’on reproche à l’e-cigarette c’est de « donner le mauvais exemple », d’inciter par l’image.

On repense d’un coup à la pipe de Tati, à la cigarette de Delon et à la roulée de Lucky-Luke. Comme nous avions moqué les Américains et leur moralisme ! Et bien le voilà chez nous. Le problème n’est plus que nous menacions la santé de ceux qui sont à coté de nous mais que, par notre attitude, nous leur donnions le mauvais exemple.

On pourrait en rire. Je pense que c’est grave par le signe que cela donne sur la conception hygiéniste et morale de notre société. Car si un comportement individuel, qui ne menace en rien l’autre, est interdit au nom de l’exemplarité c’est l’idée même selon laquelle « ma liberté s’arrête là où commence celle de l’autre » qui est remise en cause.

La suite logique sera l’interdiction de la cigarette dans tout lieu où l’on est susceptible d’être vu par « l’autre ». Et peut-être un jour son interdiction totale.

Au-delà de la question de la cigarette c’est bien la question de la tentation permanente de la prohibition comme politique publique qui se pose.

J’y reviens très prochainement.